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juil 25

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La main invisible du marché…c’est une bande de coquins, copains comme cochon !

Depuis quelques jours, un nouveau scandale agite la Grande Bretagne au point de faire le titre suivant du journal Les Echos : « la finance et la City mises au ban de la société britannique ». La banque Barclay’s, la plus dynamique des banques anglaises, est accusée par les autorités de régulation US et britannique d’avoir volontairement traficoté l’indice Libor. Et ceci pour permettre aux traders de réaliser de faramineux bonus et de restaurer artificiellement le cote des banques manipulatrices.

La conséquence : des millions de personnes, et l’économie réelle ont subi les conséquences de ces magouilles. Pour une description plus détaillée, voir l’article de Marine Orange dans Médiapart ainsi que celui de Parienty d’Alternatives économiques.

Cette affaire révèle ce qu’est le fonctionnement du capitalisme et du secteur bancaire en particulier, ce secteur qui devait être moralisé après la crise de 2008 et qui avait déjà révélé ce genre de magouilles, de manipulations : il est fondé sur des petits arrangements entre amis sur le dos du reste de la société grâce à des positions de pouvoir. Le capitalisme dans sa nudité, c’est un petit groupe de possédants qui détournent à leur seul profit la richesse. Pour faire sérieux, ils avaient baptisé ces comportement mafieux du nom « d‘ingénierie financière », ça donnait du technique dans la turpitude.

Aujourd’hui, la bonne société anglaise cherche à éteindre l’incendie en sacrifiant le président de Barclays, son directeur général honni pour son arrogance (début 2011, il déclarait que « le temps du remords est fini pour les banques »).

On voit Cameron et ses ministres monter au créneau pour défendre la «  moralisation du secteur bancaire ». On sait avec Sarkozy ce que valent ces « bonnes intentions ». Le gouverneur de la banque d’Angleterre demande une révolution culturelle à la City, le ministre du Commerce la décrit comme « un cloaque ». Le dirigeant de l’Autorité des services financiers (FSA) surenchérit : « Il y a un degré de cynisme et d’avidité vraiment choquant, et cela suggère qu’il y a des problèmes de culture profonds ». Et chacun de faire pression pour exiger la démission des « coupables », des poursuites au civil pour calmer les petits épargnants lésés mais aussi au pénal afin accréditer l’idée que ce n’est pas le système qui est en cause mais quelques individus.

Face aux sacrifices demandés dans le même temps aux Britanniques, il faut faire semblant de ne pas cautionner des tels agissements. Les jours même où Cameron veut supprimer les allocations logement aux jeunes, le peuple anglais -qui lui est informé de cette affaire – ne comprendrait pas l’impunité pour ces voleurs de la City.

Il est utile de brandir la menace de la justice… quand on n’a rien fait pour qu’elle sanctionne…

D’abord ce sont les gouvernements (anglais, US et d’autres ..) qui on laissé se mettre en place ce mode de calcul du Libor : en bons libéraux, ils considéraient que la fixation de ce taux était une affaire strictement privée et devait être entre les mains des banques puisqu’elles seules comprennent leurs intérêts.

Ensuite, malgré de multiples alertes par des salariés, bien que ces pratiques soient bien connues dans les milieux bancaires, les autorités de régulation et les pouvoirs publics ont laissé faire. Il faut dire que tout ce joli monde avait ses entrées au 10 Downing Street, ce qui permet au directeur de Barclay’s de laisser entendre aujourd’hui que les ministres étaient au courant voir même consentants. Il se murmure que les travaillistes au pouvoir se sont laissés convaincre du bien fondé de ces pratiques douteuses dans l’intérêt de la City. C’est aussi le cas pour les dirigeants des autorités financières d’Angleterre qui aujourdhui hurlent avec les loups.

Pourtant les documents de la justice US et de l’autorité britannique décrivent bien des pratiques dont les acteurs eux-mêmes connaissent l’illégalité, comme le montrent les échanges de mels et de services rendus « pour une bouteille de Bollinger ». Les autorités de régulation ont été particulièrement lentes à réagir, si on peut appeler réagir les décisions qu’elles ont prises.

Car la réaction des autorités financières US et britanniques était de passer l’éponge moyennant une amende et un changement de ces pratiques qui commençaient à se savoir (quatre traders ont été licenciés fin 2011). C’est ainsi que devait se terminer cet épisode si la publicité ne s’était pas faite.

Il faut dire que la Barclay’s n’est pas du tout marginale dans la City : au CA siègent aussi quelques «pointures» de la haute société économique « Corporate England » : Mike Rake, 64 ans, Président de British Telecom et d’Easyjet (qui de surcroît joue au polo avec le pri­nce Charles), sir John Sunderland, 66 ans, ex-prési­dent de Cadbury Schweppes et du MEDEF britannique (Confederation of British Industry) ou sir An­drew Likierman, re­cteur de la London School of Economics, haut lieu du libéralisme. Tout ces gentlemen ne peuvent être traités comme de vulgaires voleurs de sacs.

En plus, il se dit que d’autres banques – une vingtaine dans le monde – seraient impliquées dans ce scandale : en premier lieu la Royal Bank of Scotland mais aussi Citigroup ou les banques suisses HSBC et UBS bien connues pour leur promotion de la fraude fiscale ( et pourquoi pas les 16 banques qui décidaient de la fixation du Libor, parmi lesquelles BNP-Paribas, le Crédit Agricole et la Société Générale). Le taux européen Euribor pourrait lui aussi être en cause : avec quelle liste d’établissements bancaires ?

Dans l’affaire du Libor, les agences de notation n’ont, une fois de plus, rien vu venir : comme pour Lehman Brothers, elles ont baissé les notes quand tout était public. Moody’s par exemple vient de descendre la note de la Barclay’s parce que les bouleversements au sommet de la banque et les incertitudes ainsi créées peuvent avoir des implications défavorables pour les créanciers privés de la banques. Pour Moody’s, c’est la publicité du scandale qui est en cause et non ce que cette crise révèle sur la situation de la banque. Une fois de plus, les agences respectent la loi du silence quand les intérêts des groupes bancaires sont en jeu, elles n’étaient au courant de rien et sont plus incompétentes que les autorités de régulation qui ont fini par réagir.

On ne peut que s’étonner de la discrétion avec laquelle a été traité cette affaire dans les grands médias français. Si on trouve dans la presse économique rapidement des informations, il faut attendre pour trouver, à une place modeste, des articles dans les grands journaux nationaux. Peu de choses dans la presse régionale et quasiment rien à la télévision. Nous pensions voir Lenglet venir nous expliquer, avec ses graphiques à l’appui, comment les marchés nous faisaient marcher. Les responsables ont dû estimer que c’était là un sujet bien trop compliqué pour les cerveaux des téléspectateurs moyens ou que ces informations qui remettent en cause le discours économique dominant ne devaient pas être portées à la connaissance du grand public.

Car cette affaire, après d’autres, montre l’obligation d’imposer un contrôle aux banques. Pas un contrôle qui ne serait qu’une vague régulation, puisque les autorités de régulation ont été impuissantes pendant longtemps. Mais un pouvoir réel du peuple sur les banques, ce qui passe par une appropriation collective, au moins d’un pôle public, pour imposer les choix collectif et sociaux face à une logique d’accaparement d’une classe possédante dont il ne faut pas attendre qu’elle y renonce même partiellement.

Elle repose le problème de la propriété : peut-on penser que ceux qui détiennent le pouvoir économique mais aussi politique, parce qu’ils se sont approprié les grands moyens de production et d’échange, vont renoncer à en tirer les bénéfices ?

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